MC | Mission de coopération au Bénin

La Mutualité chrétienne de la province de Luxembourg développe un partenariat privilégié
avec le Bénin. L’un des objectifs poursuivis est de collaborer au déploiement de micros-projets favorisant un soutien aux Mutuelles de santé de ce pays. Récit d’un voyage réalisé l’hiver passé.

Il est environ 20h30 quand l’avion atterrit à Cotonou. Pas de doute, c’est bien l’Afrique ! Nous avons quitté la Belgique avec des températures en dessous de zéro degré et nous arrivons sous une température de 30° ! Une sensation olfactive indéfinissable nous prend au nez, une senteur qui ressemble à du bois brûlé et restera à jamais imprimée dans notre mémoire. L’Afrique dégage une odeur particulière, inoubliable,… L’humidité ambiante est à l’oeuvre, un peu comme chez nous en Belgique juste avant l’orage, mais les sensations sont encore différentes.

La chaleur de la nuit nous caresse, rassurante et écrasante à la fois.

Au sortir du périmètre de l’aéroport, notre hôte nous attend,… Une cigarette vite allumée, et le geste pour la jeter à moitié consumée est stoppé net par un passant qui la prend et se fait une joie de ce cadeau inattendu. Le ton est donné: ici,Monsieur l’Européen, on ne jette pas, tout est rare et a de la valeur. Bienvenue à Cotonou…

Comprendre le pourquoi, le comment…

Le lendemain matin, nous attendons dans le hall d’entrée de l’hôtel. Un homme passe la brosse sur le tapis. Il est courbé et s’applique, la tête basse. Cela a l’air fastidieux. Quelle patience…

C’est pourtant son job et, toute la journée, il recommencera, inlassablement… Un aspirateur pourrait faire l’affaire mais, ici, tout est différent. Tout est à remesurer en termes de technicité, d’échelle de valeurs, de philosophie de vie, de confort,… Il faut (ré)apprendre et surtout tenter de comprendre le pourquoi et le comment. Notre hôte, Monsieur Aboubakar Koto Yérima, Coordinateur du Promusaf Bénin (Programme d’Appui aux Mutuelles de Santé en Afrique), nous invite à visiter la ville et le marché international de Dantokpa. Et pour contredire les idées reçues sur la ponctualité africaine, il est à l’heure au rendez-vous!

Cotonou et ses conducteurs de taxis motos

Nous découvrons Cotonou et ses routes abîmées par le soleil accablant ou les pluies qui laminent le revêtement, là où il y en a. La circulation est dense et la pollution également. Un attroupement s’est formé. Que se passe-t-il ? Un accident ? Les conducteurs de taxis motos discutent et font de grands gestes. La connaissance du code de la route est assez approximative. Le nombre d’heures cumulées à conduire sur des chemins difficiles fait croître la fatigue et diminuer la vigilance. Tout ceci cause de nombreux accidents.

Au Bénin, les taxis motos sont légions. On estime leur nombre à 80.000. Les Zèmidjan (c’est comme cela qu’ils se nomment) sont le plus souvent de jeunes diplômés sans emploi. Ils acceptent cette activité professionnelle en attendant des jours meilleurs. La débrouillardise est reine et les “hommes en jaune”, puisqu’ils s’habillent d’une chemise de cette couleur (avec en imprimé un numéro d’identification), sillonnent sans répit les artères de la ville. C’est le moyen de transport le plus répandu. Il permet à la population de se déplacer à bon marché et de se frayer un chemin dans les rues encombrées.

Au Bénin, les transports publics sont quasi inexistants. Au prix d’une pollution incroyable causée par ces milliers de motos roulant avec un carburant frelaté, chacun trouve néanmoins son compte dans cette activité qui permet à un grand nombre de survivre. Le gain pour une journée de travail d’un conducteur de taxi moto est d’environ 1500 à 2000 FCFA (environ 3 EUR). La profession s’exerce dans le secteur informel qui représente environ 90 % de l’activité économique du pays. Les 10% restants sont, quant à eux, considérés comme de l’activité formelle et officielle.

Les conducteurs de taxis motos se structurent progressivement par l’organisation de syndicats et de mutuelles de santé. Ceux-ci font également entendre leur voix en tant que mouvement d’opinion. Comme on dit là-bas: “Ensemble les fourmis peuvent porter l’éléphant”.

La ville et son économie informelle

Au bord des chemins, des vendeurs d’essence “frelatée” partagent l’espace avec les étals de fruits, de tissus, de gadgets “made in…”. Une économie informelle qui s’est construite faute de mieux et où l’on remarque une grande capacité à s’adapter et à faire beaucoup avec peu. Tout se recycle et l’imagination est au pouvoir. L’artisanat se développe et les objets rivalisent d’originalité.

Les médicaments, quant à eux, se vendent à même la chaussée et s’achètent souvent à la pièce, parfois périmés, parfois pas, question de chance… La pénurie de médicaments pousse malheureusement à cela. C’est la débrouille de la rue… Un commerce qui aide mais qui peut aussi faire beaucoup de dégâts. La pharmacopée (art de fabriquer des remèdes), médecine traditionnelle, est omniprésente dans la culture béninoise. Elle est aussi plus accessible financièrement. De nombreuses échoppes proposent des plantes et remèdes vendus à des prix plus abordables que les remèdes de la médecine moderne.

Sourires, couleurs chatoyantes et misère

Dans les rues, beaucoup de sourires, de joie de vivre et de cordialité. Les couleurs sont chatoyantes. Malgré les difficultés, on ne badine pas avec le souci d’être habillé de la façon la plus élégante possible. Dans ce tohu-bohu, les indigents font peine à voir. Pour survivre, certains n’ont d’autre choix que la mendicité. D’autres tentent de vendre des cartes de téléphone ou des cartes postales. Lorsque l’indigent a perdu le contact avec sa famille, surtout en zone urbaine, il est en situation de survie permanente. Il n’y a pas un carrefour où vous n’êtes sollicité et il est impossible d’aider tout le monde. Il y a peu, voire pas d’agressivité, mais quelle détresse dans les regards qu’il est bien difficile de soutenir.

Un des plus grands marchés de l’Afrique de l’Ouest

Dantokpa Marché International, poumon économique du Bénin, est l’un des hauts lieux du commerce de l’Afrique de l’Ouest. La journée tire à sa fin et pourtant l’endroit regorge encore d’activités. En permanence, il faut regarder où l’on met les pieds car l’agitation est intense. Les marchandises de tous ordres sont transportées à pied, avec de petites charrettes et autres… La concentration des 50.000 vendeurs, cumulée à la chaleur rendent la visite éprouvante. Tout se vend et s’achète à Dantokpa, ville dans la ville. Sans nos hôtes, il aurait été impossible de s’y retrouver. La tension est palpable et nous mesurons que nous sommes bien des étrangers même si les contacts sont plutôt bienveillants. De temps à autre, nous entendons à la cantonade: “Hé, “Yovo” (qui veut dire « blanc » dans la langue locale), prends-moi pour m’emmener en Europe!” Cri de détresse, humour… il y a sans doute un peu des deux.

Les conditions sont difficiles pour les camelots et la population du grand marché. Amener les marchandises relève du défi, les vendre en temps de crise économique également. Cette immersion dans la foule est intense et deux yeux ne suffisent pas pour tout voir. Le marché a l’air désorganisé et pourtant on se rend compte qu’il y a des règles, que les utilisateurs savent où trouver ce dont ils ont besoin. C’est étourdis que nous prenons le chemin du retour et un peu « groggy » par cette prise de contact où, en quelques secondes, on passe du rire aux larmes, de la pauvreté à la richesse, du respect à la vindicte, du calme tranquille d’une “mama” près de son échoppe avec ses enfants à de jeunes adolescents enivrés et fous furieux. Finalement, c’est un concentré d’humanité qui s’est déroulé sous nos yeux ; il faut maintenant l’appréhender.

Demain sera beau

“Demain sera beau”, c’est le nom que s’est donné une Mutuelle de santé au Bénin. Que demain soit beau, nous voulons y croire, même si l’on sait qu’au Bénin, un enfant sur cinq mourra avant l’âge de 5 ans, 75 % de la population n’est pas alphabétisée, 35%des habitants n’ont pas accès à l’eau potable et 60%de la population n’a pas de travail…

“Demain sera beau”. On veut y croire, on doit y croire. La naissance d’un partenariat n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan, mais il est indispensable de se mettre au travail.

Nous reviendrons prochainement sur le contenu de la mission en tant que telle et vous donnerons à chaque fois un “flash” de ce que nous avons perçu du quotidien tant de la population urbaine que rurale au Bénin.

Pour le Comité de partenariat de la Mutualité chrétienne de la province de Luxembourg,

Christian Créer

Phrases en exergue:

1. Au Bénin, les transports publics sont quasi inexistants et les taxis motos sont légions.

2. Dantokpa Marché International, poumon économique du Bénin, est l’un des hauts lieux du commerce de l’Afrique de l’Ouest.

Légendes photos:

1. Tout se vend et tout s’achète à Dantokpa

2. 75 % de la population n’est pas alphabétisée, 35 % des habitants n’ont pas accès à l’eau potable et 60 % de la population n’a pas de travail…

Pourquoi un projet de coopération Nord-Sud ?

La Mutualité chrétienne se trouve depuis près de 150 ans au coeur du processus de participation démocratique de la population aux décisions politiques, économiques et sociales qui la concernent. En effet, avec d’autres acteurs sociaux comme le syndicat, les mutuelles ont toujours joué un rôle important en Belgique, parmi les promoteurs de notre modèle de développement basé sur le dialogue et la concertation sociale.

Les principales valeurs qui portent son action sont la solidarité vécue entre individus et l’organisation de la justice sociale, le respect de la dignité de la personne dans toutes ses dimensions, la responsabilité individuelle organisée dans un esprit d’autonomie, le fonctionnement démocratique et la participation, la promotion de l’initiative privée au service de l’humain et de l’intérêt collectif.

Objectifs de la coopération mutualiste

Les deux objectifs principaux sont:

1. Soutenir des initiatives locales durables qui contribuent à améliorer l’état de santé des populations, et particulièrement à augmenter l’accès à des soins de santé de qualité, par la création de mouvements mutualistes autonomes et adaptés au contexte spécifique de chaque pays.

2. Conscientiser à la nécessité d’une solidarité internationale qui s’exprime par des engagements et des actions concrètes. Cette solidarité se concrétise par des réseaux de partenariats initiés entre Mutualités régionales et les organisations partenaires à l’étranger, en l’occurrence ici le Promusaf (Programme d’Appui aux Mutuelles de Santé en Afrique) au Bénin.

Nous sommes convaincus que l’interdépendance entre les peuples se renforce de plus en plus et que la Coopération internationale entre organisations sociales peut contribuer à l’émergence d’un projet de société mondialement solidaire.

Des initiatives déjà concrétisées

Cinq micro-projets ont été réalisés en 2005 et reconduits en 2006 en partenariat avec l’O.N.G. Solidarité Mondiale, l’Alliance Nationale des Mutualités Chrétiennes et le Promusaf au Bénin:

1. lutte contre le paludisme par la mise à disposition de moustiquaires au Bénin,

2. promotion des mutuelles de santé par le financement de spots radios diffusés via les radios communautaires du Bénin,

3. financement d’actions de prévention santé sur le terrain,

4. financement et soutien au “creuset d’échanges” afin d’aider les forces vives locales à travailler ensemble et en synergie,

5. soutien suite à la création de la première Union des Mutuelles de Santé du Promusaf.
Des collaborateurs actifs à la MCPL

Soutenus dans ces projets par l’Assemblée générale et la Direction de la Mutualité, des collaborateurs de la MC, d’organisations connexes et des membres se mobilisent au sein d’un Comité de partenariat.

Phrase en exergue:

1. La Coopération internationale entre organisations sociales peut contribuer à l’émergence d’un projet de société mondialement solidaire.

Légendes photos:

1. “Demain sera beau”, c’est le nom que s’est donné une Mutuelle de santé au Bénin

2. “Ensemble les fourmis peuvent porter l’éléphant”

Adhérez à une mutuelle de santé au Bénin !

Vous souhaitez agir concrètement? Vous pouvez adhérer symboliquement à une mutuelle
de santé au Bénin. Par ce geste, vous aiderez à la mise en place de divers micros-projets au bénéfice du PROMUSAF Bénin.

Là-bas, une cotisation coûte 2500 FCFA (3,8 EUR) par an et pour une famille. Cette cotisation couvre :

- l’inscription et les consultations,

– les frais d’hospitalisation,

– la transfusion sanguine,

– la perfusion,

– les chirurgies non programmées,

– l’accouchement (dystocique – césarienne),

– les analyses (goutte épaisse, fièvre typhoïde, groupage, anémie),

– les médicaments,

– les soins consécutifs à un accident (plâtre,…),

– les morsures de serpent.

La Mutualité rembourse 60 % des dépenses médicales avec un maximum de 91 EUR.



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