« A-t-on le choix d’un toit ? » Cette question a été posée par une approche originale sous forme de deux créations théâtrales jouées le vendredi 19 juin dans les locaux de l’Académie de Musique de Bastogne. Vaste débat pour une après-midi de divertissement et de réflexions organisée par l’UCP, Altéo (Mouvement social des personnes malades, valides et handicapées) et Alvéole Théâtre. Remettre la question du logement et de l’hébergement des personnes âgées et handicapées, surtout après le décès des parents, au centre des préoccupations de la famille, du monde politique et associatif était l’enjeu majeur d’un plaidoyer réalisé avec originalité et professionnalisme.
« La vie en plus »
En introduction à cette après-midi de sensibilisation, il est rappelé que l’UCP est destiné aux personnes de plus de 50 ans et que ce mouvement vise, outre ses nombreuses activités, à défendre l’intérêt, les droits et le maintien des personnes âgées en activité.
Altéo quant à lui défend les personnes malades, valides et handicapées en proposant également de nombreux ateliers et des activités diverses. « La vie en plus » pose la question suivante : que faire en 2009 avec les personnes âgées ?
Sous les applaudissements du public, les acteurs de cette pièce de théâtre nous ont emmenés au cœur de questions graves mais avec une approche légère, pleine d’humour et avec une juste tonalité. Agréable aux yeux et aux oreilles, les acteurs nous ont fait voyager du maintien à domicile à la maison de retraite. Eclats de rires, éclats de voix ; aller en maison de retraite ou pas ? Chacun a son avis et tout le monde s’en mêle … Vient ensuite le deuxième tableau de la pièce, avec les négociations d’entrée à la maison de retraite : avec ou sans le chien ? Et les menus c’est comment ? … ? Les troisième et quatrième tableaux illustrent « la vie en plus » nom d’emprunt pour une maison de retraite « imaginaire » ? Copains, copines de maison de retraite, il y a des jours « avec » et des jours « sans ». Les relations humaines, ce n’est pas toujours facile. L’ennui, l’envie de retourner dans sa famille, les questionnements qui taraudent : rester ou partir ? Et si les jeunes avaient déjà investi la maison familiale, … ? Pour connaître la fin de l’histoire, allez savoir, allez la voir cette pièce de théâtre …
La construction d’un livret de revendications
« La vie en plus » parcours théâtral pour l’élaboration d’un livret.
La pièce a déjà été jouée une quinzaine de fois. Gageons que Pierre Schrouben, Madeleine Annet, Corine Alexandre, Benoit Fontaine, Marie-Louise Jeangille n’en resteront pas là et la proposeront encore à un large public.
Chaque débat qui suivit le spectacle a permis à plus de 1400 personnes de s’exprimer sur la thématique du logement individuel et collectif des aînés. Il importe donc dès aujourd’hui de réfléchir à l’évolution du secteur du logement/hébergement chez les personnes âgées en perte de mobilité, isolées, en diminution de facultés intellectuelles ou physique.
Des constats
Les aides et services accordés pour le maintien à domicile des aînés sont mal ou peu connue. Dans la majorité des cas, ce sont des aidants proches assurent au quotidien les aides et soins nécessaires au maintien à domicile de la personne âgée. Ceux-ci ne sont actuellement pas reconnus, alors qu’ils fournissent un travail bénévole bénéfique à la société.
L’offre d’aide à domicile reste limitée et certains services ne sont pas disponibles sept jours sur sept. C’est une vraie difficulté, notamment pour les personnes isolées. Le souhait est que les services d’aide à domicile soient renforcés et davantage remboursés. Il serait nécessaire de mettre en place des dispositifs afin d’aider les personnes à faire le premier pas vers la maison de repos, et les aider ensuite à préparer cette entrée. Il est nécessaire que les aînés mûrissent la décision et anticipent leur futur. Le cheminement doit être lent pour ne pas devoir prendre des décisions dans l’urgence.
Les maisons de repos sont des lieux de vie collective et il est difficile d’y contenter tout le monde. De plus, la faculté d’adaptation varie d’une personne à l’autre.
Les personnes âgées ne veulent pas être infantilisées et souhaiteraient bénéficier d’animations adaptées. La formation continuée du personnel des maisons de retraite devrait encore être renforcée : la bientraitance, l’hygiène, les normes à respecter, … Pourquoi ne pas créer un poste d’animateur en maison de repos ?
Le manque de place en maison de repos (MR) et maison de repos et de soins (MRS) oblige à rechercher des alternatives. Des initiatives collectives se créent. Pour en savoir plus, n’hésitez pas à demander le livret de revendications ; il ouvre des pistes comme l’habitat « kangourou », la création d’une ASBL du type « Infor jeune » à destination des aînés, … la création d’un répertoire des logements et des hébergements adaptés au public aîné. Par exemple, ne serait-il pas possible de créer un statut de « cohabitant isolé » ? Un peu plus de modernité et de créativité faciliteraient les choses tant pour les jeunes en colocation que pour les aînés ayant peu de ressources, …
De nombreux couples âgés doivent loger dans des campings, des solutions doivent être trouvées pour les reloger. Une véritable adaptation des pensions au bien-être et la diminution des coûts des services essentiels sont souhaitées.
Des propositions concrètes
• Le rôle du monde associatif
Des aînés qui s’associent, se rencontrent, s’expriment et restent actifs. De nombreux projets voient le jour, il est essentiel de les soutenir.
• Le rôle des communes
Dans certaines communes, de réels efforts sont faits pour faciliter la vie des personnes âgées. D’autres initiatives publiques et une mise en réseau d’associations peuvent faciliter la vie des personnes âgées.
Les Conseils consultatifs des aînés se développent dans les communes. Informez-vous et investissez-vous dans ces lieux. Les Conseils Consultatifs peuvent devenir des lieux d’échanges entre citoyens et décideurs politiques. Des idées peuvent y germer sur les questions du logement et de l’hébergement ou d’autres sujets encore.
• Le rôle de la Province
Le Conseil Consultatif Provincial des Aînés est une bonne initiative. Souhaitons que cette commission puisse également favoriser le développement d’hébergements alternatifs en Province de Luxembourg.
« Que va-t-on devenir ? »
« C’est un sujet délicat et complexe à la fois mais, nous l’avons fait ! » confie l’animatrice d’Altéo Denise Hayot. Cela peut paraître utopique et pourtant, toutes les idées ont été avancées et donnent de l’espoir aux personnes handicapées.
Il s’agit de la seconde pièce de théâtre jouée cet après-midi. Un moment touchant, qui utilise l’humour afin de suggérer des solutions originales. Les protagonistes de cette pièce : Claudine Jacques, Thérèse Tabar, Gisèle Delcommune, Yvon François, Denise Hayot et Yolande Bouvy, nous emmènent dans leur univers. Ils réussissent à merveille à nous faire partager des sujets graves sur un ton joyeux. On peut l’écrire, il s’agit d’une vraie performance théâtrale au service de et avec la personne handicapée. Les enjeux sont développés un à un, l’air de rien et la pièce de théâtre « Que va-t-on devenir » prouve ainsi la puissance du théâtre-action pour faire passer des idées fortes.
Cette pièce sera jouée à Liège le 24 septembre, à Charleroi, …
Que devient la personne handicapée vivant chez elle lors du décès des parents ?
Vivre son handicap n’est pas chose facile. La famille aime garder chez elle son enfant handicapé et lui donner tout ce dont il a besoin. On doit encourager, aider et soutenir ces familles. Toute leur vie, les parents, frères et sœurs vont donner de leur temps, de leur énergie pour que l’enfant, qui devient adulte, puisse vivre décemment dans notre société.
Mais un jour, vient l’issue fatale, … le décès des parents.
Que faire alors, pour la personne handicapée qui ne peut rester, ni vivre, seule chez elle ?
Que faire avec ces personnes qui ne connaissent pas le milieu institutionnel ?
En sachant que les frères et sœurs ne peuvent, pour différentes raisons, prendre chez eux la personne handicapée concernée, que reste-t-il à celle-ci pour son avenir ?
Des Constats :
Les institutions existantes sont pleines et il y a des listes d’attente partout.
Les projets de nouveaux établissements ou l’extension de ceux déjà existants sont fortement compromis ou irréalisables dans un premier temps, faute de moyens.
Bon nombre de membres d’Altéo et leurs familles se posent ces questions :
- Qu’allons-nous devenir au décès de nos parents ? Qu’allons-nous faire, nous la famille dans cette délicate situation ?
- Devoir gérer la perte d’un être cher et la séparation d’un membre de la famille atteint d’un handicap, c’est beaucoup pour ceux qui restent.
Les personnes handicapées qui n’ont jamais connu les institutions sont démunies devant une situation qui leur est imposée. Que faire ? Les finances sont aussi une difficulté à ne pas négliger dans ces cas. Toutes ces questions ont été posées lors des rencontres d’ateliers créatifs préparatoires à la pièce de théâtre.
Trouver des solutions alternatives, …
La famille ne doit pas se trouver dans une situation d’abandon, de désarroi, …
Même si la personne handicapée est déjà préparée, l’aide de professionnels est souvent nécessaire afin d’aider celle-ci au changement de vie qui s’impose à ce moment-là.
Altéo Mouvement social de personnes malades, valides et handicapées » réfléchit à ces questions et propose des pistes de solutions.
Ne pourrait-on envisager d’autres modèles d’hébergement ?
- Les habitats kangourous ne pourraient-ils pas être développés : il s’agit d’une habitation partagée par des personnes valides dont une partie serait mise à disposition de la personne handicapée.
- Les maisons communautaires : maisons où plusieurs personnes handicapées vivraient ensemble avec la présence d’un professionnel en support.
- La famille d’accueil : famille qui accueillerait en connaissance de cause une personne handicapée et qui s’en occuperait « comme un membre de la famille ».
Les logements sociaux adaptés : des logements qui seraient aux normes pour une personne en voiturette par exemple.
Les souhaits d’Altéo :
Plus de places dans les institutions existantes pour palier au situation d’urgence
Développer et créer plus d’institutions afin de permettre un passage en douceur pour les cas les plus lourds.
Développer des logements intégrés dans une structure telle que les maisons pour personnes âgées qui dépendent d’une MR ou MRS.
Attirer l’attention des pouvoirs politiques afin que ceux-ci prennent conscience du manque de places dans les institutions et apportent leur soutien à l’amélioration des infrastructures.
Le Président du CPAS de Bastogne, Monsieur Thierry Fosseprez, a donné un aperçu de la situation dans sa ville. Par sa présence, le Président a montré son soutien à l’initiative de cet après-midi de sensibilisation.
Le Député provincial des affaires sociales et hospitalières a lui aussi montré son vif intérêt pour le travail accompli et assure qu’il ne manquera pas d’y donner la suite voulue. Il a reçu les livrets de revendications d’Altéo et de l’UCP des mains de Madame Corinne Le Gros animatrice et permanente de l’UCP. Celle-ci a clôturé la journée en remerciant l’assemblée ainsi que tous les partenaires présents.
Les partenaires de cette journée :
UCP, Mouvement Social des Aînés – Altéo, Mouvement Social de personnes malades, valides et handicapées – Le Service Social de la Mutualité Chrétienne – Respect Seniors –
Maison de Repos et Maison de Repos et de Soins « Val des Seniors » – Chanly) – ACRF – Habitat et Participation – Agence Immobilière Sociale du Nord-Luxembourg – Alvéole Théâtre.