« Que va-t-on devenir ? » | Ans
Publié le Mercredi 11 novembre 2009A Ans, le 19 septembre dernier, une pièce de théâtre-action lançait le débat.
Faire du théâtre ?
Denise Hayot, animatrice à Altéo Bastogne réunissait un groupe d’adultes handicapés mentaux et physique. Un beau jour, ils lui ont déclaré qu’ils voulaient faire du théâtre.
A ce souhait, Denise Hayot a répondu : « Oui, mais donnez-moi des sujets ».
Ils ont simplement répondu qu’ils voulaient parler de ce qui les préoccupe : je ne suis pas autonome et je me demande ce qui va se passer pour moi quand je ne pourrai plus vivre à la maison. On m’a parlé de famille d’accueil, d’appartements supervisés… Je ne veux pas quitter mon village. Et si on habitait ensemble… Les idées ne manquent pas, mais…
Les points d’interrogations se suivent, les points de suspension aussi.
Denise a noté ce que chacun disait. Avec l’aide d’un metteur en scène professionnel, la pièce a pu voir le jour.
Aujourd’hui, force est de constater que les adultes handicapés mentaux et physique qui ont joué cette pièce ont tiré droit dans le mille : que va-t-on devenir lorsque nos parents ne pourront plus s’occuper de nous ? La question est simple, la réponse l’est moins !
Tout le monde est tombé d’accord pour se reconnaître dans la pièce « Mais que va-t-on devenir ». C’est un reflet tout à fait réaliste des questions que les adultes handicapés mentaux se posent. Chapeau aux comédiens !
Le débat est ouvert !
Pour tenter d’amorcer des pistes de réflexion, la section locale d’Altéo Ans avait invité des personnes ressources dans le domaine du handicap. Ceux qui s’imaginaient que les solutions allaient tomber du ciel tels des noix de coco d’un cocotier se sont bien sûr trompés. Il faut bien le reconnaître, la collectivité n’offre guère de recette toute prête. Elle dispose de moyens limités.
Pas de supermarché pour faire ses emplettes, tout juste un potager à cultiver.
C’est un peu le sens de l’intervention de Michel Laurent, directeur du Bercail, un service d’accueil résidentiel situé rue Saint Nicolas à Glain (Liège). Il le rappelle, la meilleure solution se prépare, pas à pas, pendant des années : hébergement en institution, logement en appartement supervisé, recours à un service d’accompagnement, famille d’accueil… Michel Laurent le constate, les personnes en situation de handicap et leurs familles doivent de plus en plus faire preuve d’imagination. Le temps du « tous dans un home », du « all inclusive » est révolu. Les places sont limitées.
Par le passé, les personnes handicapées mentales étaient peut-être trop rapidement orientées vers la grosse structure d’accueil. C’était simple, les personnes n’avaient pas la possibilité ni le droit de choisir, pas besoin de peser le pour et le contre de la vie en communauté.
Les choses évoluent. Les personnes handicapées se sont montrées intéressées par d’autres formules d’accueil. Dans le même temps, les pouvoirs publics se sont efforcés de limiter leurs dépenses pour soutenir d’autres types de services, moins gourmands financièrement, parfois mieux adaptés.
Face à la multiplication des offres, Michel Laurent le constate aussi, les parents – tout comme leur enfant – ont besoin de soutien. Il fait ainsi allusion aux groupes de parole que l’AFRAHM anime. Un groupe de parole, c’est un lieu où les familles peuvent trouver du soutien, partager leurs craintes et, ensemble, construire des pistes durables pour un avenir serein. Michel Laurent n’est pas naïf, il sait qu’il faut encore fréquemment faire appel au réseau social de la personne, à la solidarité, à l’entraide, aux frères et sœurs, aux voisins…
Lourd, lourd d’être un aidant !
Jean-Pierre Mailleux, directeur adjoint à la Mutualité Chrétienne de Liège enrichit le débat en présentant les résultats d’une enquête française (2) sur la « charge » qui repose sur les aidants proches. Les chiffres sont interpellant : l’enquête nous apprend que 45 % des personnes interrogées assurent des prestations depuis 10 ans ou davantage ; que 40 % des aidants apportent leur aide pendant 6 heures ou plus chaque jour ; que 40 % des aidants sont les seuls intervenants… Jean-Pierre Mailleux ajoute que cette disponibilité a un impact sensible sur la santé physique et mentale de l’aidant : fatigue, insomnies, stress, culpabilité, etc. L’aidant finit par perdre ses relations sociales, à s’isoler.
Jean-Pierre Mailleux insiste sur une idée qui fait son chemin : l’absolue nécessité de disposer de structures de répit. Un projet est en court de lancement. Il s’appuie sur la collaboration entre les grandes mutualités, l’ASPH et Altéo.
Il pointe néanmoins une contradiction entre les divers organes de la Région wallonne (niveau de pouvoir qui prend en charge l’aide aux personnes) : si le département des affaires sociales et l’AWIPH sont bien d’accord sur la nécessité du répit, les services qui pourraient couvrir les frais de personnel via l’aide à l’emploi ne suivent pas… La conséquence actuelle, c’est que le projet « répit » tarde à démarrer.
A la croisée des chemins
Edouard Descampe, président de l’ASBL Cap48 et du comité de gestion de l’AWIPH se situe à la croisée des approches. En effet, ses deux casquettes lui montrent bien que l’aide aux personnes handicapées doit, si elle veut s’améliorer, s’appuyer sur les initiatives du secteur associatif où les idées novatrices fleurissent gaiement. Le rôle de Cap48 est de soutenir des nouveautés, des idées qui sont trop jeunes pour entrer dans les créneaux d’intervention d’un organisme public comme l’AWIPH. Une fois que ces initiatives ont fait leur preuve, les pouvoirs publics sont là pour en assurer la viabilité à long terme.
Il l’affirme, si les personnes handicapées trouvent maintenant un éventail d’aides alternatives aux grandes maisons d’hébergement, c’est grâce au dynamisme d’un secteur associatif particulièrement imaginatif, un secteur pour lequel le soutien d’opérations comme Cap48 a été déterminant.
Ceci dit, on entend parler de « listes d’attentes » interminables. Edouard Descampe s’interroge : quelle est l’ampleur du problème ? Les familles et les services sociaux n’ont-ils pas tendance à inscrire les personnes handicapées dans une multitude d’institutions afin de multiplier les chances qu’elles soient accueillies quelque part ? Pour y voir plus clair, il suffirait de croiser les listes et de vérifier que chaque personne est encore demandeuse au moment où on ouvre le cahier des demandes en attente. Pour Edouard Descampe, cette démarche pourrait aider l’AWIPH et l’ensemble du secteur à évaluer les réels besoins.
« Aidez-nous – aidez-vous » !
Jeanne Dreessen, présidente d’Altéo Liège-Huy-Waremme conclut l’après-midi par cette phrase : « Aidez-nous – aidez-vous » ! Si les solutions ne tombent pas des cocotiers, il faut pas à pas les construire en ayant en permanence à l’esprit qu’il faut trouver la formule la plus appropriée à chacun. La standardisation, ce n’est pas pour les personnes handicapées…
Elle salue l’initiative de la section locale d’Altéo Ans-Alleur-Loncin. Ce groupe de base a eu le mérite d’attirer l’attention de notre association sur une préoccupation majeure des personnes handicapées. Notre présidente s’est engagée : le mouvement n’y restera pas sourd !
Après avoir chaleureusement remercié les organisateurs de cette riche après-midi, Jeanne Dreessen a déclaré qu’elle est prête à soutenir une réflexion avec les parents et toute personne de bonne volonté. Notre ambition, c’est modestement d’apporter une réponse, partielle certes, à la question « Mais que va-t-on devenir ? »
Gérard Silvestre
(1) groupe « entre parents »
L’AFRAHM (Association francophone d’Aide aux Handicapés mentaux) lance un groupe de parents qui débutera ses activités en février 2010. Il réunira des parents concernés par la déficience intellectuelle et visera l’échange des points de vue personnels et des expériences éducatives. Les séances auront lieu chaque premier samedi matin du mois dans les locaux de la « Maison du Social » à Liège.
Contact : Lucien Hanson :
lucienhanson@yahoo.fr, +32 (0)494/27.87.96
(2) Références : « Les besoins et attentes des aidants familiaux des personnes handicapées vivant à domicile », étude réalisée à la demande du Conseil général du Rhône (CREAI Rhône-Alpe), février 2009.
http://www.creai-ra.com/spip.php?rubrique17
(3) Offre d’Altéo : lancer un groupe de réflexion et d’action
Altéo invite les parents et les personnes intéressées à une première rencontre, le lundi 14 décembre à 14h à Ans, au local paroissial, rue du Cimetière.
Contact : Dominique Materne, +32 (0)19/32.36.97 ou Gérard Silvestre, +32 (0)4/230.16.30 alteo.liege@mc.be
