Les faux saints ou la sainte silicone vallée…
Publié le 18 août 2008
dans Culture.
Tags : déformation, enfant, histoire, nitouche Publier un commentaire
Je veux dire les saints qui n’ont pas réellement existé.
Sainte Nitouche…
Sainte Nitouche, par exemple. Nitouche dérive de « n’y touche pas ». Il s’agit d’une personne qui affecte une certaine innocence, une certaine pruderie. Finalement, c’est une femme hypocrite… En picard, on dit « saint d’beos », c’est-à-dire un saint de bois, un hypocrite.
Saint-Frusquin…
Frusquin vient de frusques, c’est-à-dire les habits, les fringues, pourrait-on dire encore, les hardes, les nippes, les bagages. Dans l’expression « et tout l’saint-Frusquin », c’est-à-dire tout le reste.
A la Saint-Glinglin…
A la Saint-Glinglin. Saint est vraisemblablement une déformation de seing (s-e-i-n-g) dans le sens étymologique de signe, de signal. Glinglin dériverait quant à lui de « glinguer », sonner. Quand on dit « à la saint Glinglin », cela signifie jamais.
En patois picard…
En patois picard, j’ai encore trouvé « saint-kerpin » pour désigner le petit bas de laine, la bourse, les économies que l’on peut faire et qu’on ne place pas forcément…
Saint-Gringrin…
On dit en picard : « Ch’est Saint-Gringin, patron des mouques »,
c’est Saint-Gringrin, patron des mouches. Pour un enfant tout à fait chagrin.
Les pompiers ne fêtent pas que sainte Barbe…
On sait que les pompiers, les artilleurs, les canonniers fêtent et arrosent bien sainte Barbe. Mais ils célèbrent également Sainte Barbette.
Le lundi, en effet, le lendemain de leur Sainte-Cécile, les pompiers organisent une sortie buvante et chantante qui est l’occasion d’un cortège humoristique.
Et le mardi, alors, c’est-à-dire le surlendemain de leur Sainte-Cécile, les pompiers organisent encore une soirée de distraction, mais plus intime cette fois. C’est la Saint-Barbichon. Barbette et Barbichon n’ont, bien sûr, jamais existé…
Les saints sont parfois liés à la sexualité…
Pour un homme impuissant, on dira « i-est d’el’confrérie Saint-Ploïon », ploiyer, en patois picard, plier. On comprend aisément… Nul besoin, je crois, de réaliser un dessin…
Parfois encore, les patoisants déforment les mots comme dans l’expression « Sainte Vérone, ch’est s’patronne », c’est uniquement pour la rime. En fait, il s’agit de la vérole, de la syphilis.
29 avril : saint Tropez.
Saint Tropez n’a pas réellement existé : il est né au VIIe siècle sous la plume d’un fabricant de Passions, c’est-à-dire de vies de saints.
12 novembre : saint René.
On l’a fait vivre dans la seconde partie du Ve siècle. C’est l’histoire d’un enfant qui a ressuscité grâce à Saint Maurille. Bien sûr, celui-ci s’empressa de le confirmer, lui donna le nom de René (re-natus, né de nouveau) et se chargea de son éducation. Le revenant répondit si bien aux soins de celui auquel il devait d’être né deux fois, qu’il devint prêtre ; et à la mort de Maurille, René fut son remplaçant. René doit être placé à nouveau, Jean-Pierre, parmi les faux saints et doit donc gagner ainsi la très belle sainte silicone vallée… Car l’histoire que je viens de vous raconter est un faux publié en 905 par un archidiacre d’Angers afin de justifier un culte pour un saint… Toujours est-il que saint René devint très populaire et que son nom fut dès lors beaucoup porté…
Saint Néopolis – saint Napoléon.
Lorsqu’il devint empereur, en 1804, Napoléon Bonaparte, qui n’avait pas de patron céleste, voulut en avoir un. On trouva au 2 mai, dans le Martyrologe romain, un saint Néopolis mort à Rome pour la foi, sans autre commentaire.
Il fut décidé que ce Néopolis s’appelait et s’appellerait en réalité Napoléon,
que c’était un officier romain de haute naissance, bien sûr, et qu’il avait montré autant de courage dans son martyre qu’auparavant sur les champs de bataille. L’empereur, qui était né un 15 août, fixa la date de son prétendu patron à cette date pour s’assurer que, ce jour-là, tous les citoyens auraient soin de chômer et de s’endimancher. La bataille de Waterloo (1815) mit fin à cette plaisanterie, permettant à saint Néopolis de retourner au 2 mai sous son vrai nom et rejetant saint Napoléon au néant. Saint Napoléon est donc désormais au panthéon – si je puis dire – des saints de la sainte silicone vallée… !
Sainte Carine.
Certains martyrologes grecs la font mourir pour la foi avec son fils et son mari, à Ancyre (Ankara), sous Julien l’Apostat (361-363). Mais il est douteux que cette famille ait subi le martyre, et même qu’elle ait existé.
Saint Démétrius.
Les uns font de lui un martyr ; d’autres, un confesseur non pontife ; d’autres enfin, un disciple des Apôtres qui devint le premier évêque de Gap (Hautes-Alpes – France).
Certains pensent qu’il n’a pas existé. Saint Démétrius, en tout cas, est fêté le 26 octobre.
Sint Hîrâ et sint Pansâ. Saints Hirad et Pansard.
Le peuple, toujours facétieux, inventa ces deux saints, dieux des grandes ripailles. Il les opposant à sint « Djuna » et saint Afamâ (Affamé). A Nantes, on trouve saint Goulard, saint Pansard et même… saint Dégobillard ! A Verviers, quand, au lendemain d’un gras repas, on n’a plus que maigre pitance, on dit : Hier saint Hirard (Hîrâ) / Aujourd’hui saint Affamé (Afamâ).
Les enfants collectent en chantant : Saint Pansard n’a pas soupé / taillez bien, taillez bien / un bon gros morceau / pour saint Pansard / C’est demain carême venant / donnez tous vos reliefs / à saint Pansard.
Saints Jeunard et Affamé.
C’est ainsi que le peuple wallon a baptisé ces dieux du jeûne. Le jour du mercredi des cendres, les fidèles se rendent à l’église paroissiale pour y recevoir la croix de cendre que le prêtre leur fait au front avec la cendre du buis bénit aux Rameaux, l’année précédente, et calciné ce jour.
Saint Létaré.
Du verbe latin « laetare » (réjouis-toi !) premier mot de l’Introït du quatrième dimanche du Carême, le peuple a fait un saint Létaré apocryphe qu’il a même donné pour patron aux filles de joie.
Saint Pélourd.
A la kermesse du Roeulx (Hainaut), au mois d’octobre, on honore un saint Pélourd, évidemment apocryphe, mannequin que l’on transporte avec sa femme, la veille de la Ducasse, à la fenêtre d’un estaminet de la Place Verte. Le jeudi suivant, on brûle solennellement saint Pélourd et sa digne compagne. Ce nom provient d’un jeu de mots sur simple et lourd.
Mathieu l’os.
Du proverbe : « Il est sec comme le cul de saint Mathieu », quand on veut désigner une denrée séchée. Le vendredi, dernier jour de la fête paroissiale liégeoise, on procède quelquefois encore à l’enterrement burlesque du pauvre Mati l’ohé, c’est-à-dire Mathieu l’os. Sur une civière portée aux épaules, est exposé un énorme os de jambon. Sur les tentures de deuil, des carottes accrochées la tête en bas, figurent des larmes de sang. Le cortège s’avance aux sons d’une marche funèbre sur laquelle le bon peuple, toujours frondeur, adapta jadis un refrain politique à l’adresse d’un homme d’Etat : « Oh ! Van den Peereboom… boum, boum, boum ! » Il est suivi de pleureurs endimanchés, la tête enfoncée dans de vieux journées en guise de mouchoirs de poche.
Saint Félix de Valois.
Même s’il est fêté le 20 novembre, il n’en demeure pas moins un faux saint ! On dit que c’était un prince du sang qui, après avoir suivi son cousin le roi Louis VII à la croisade, vivait en ermite dans la forêt de Cerfroid. Il reçut un jour la visite de Jean de Matha qui venait le prier de fonder avec lui les trinitaires ou mathurins qui se vouèrent au rachat des chrétiens tombés au pouvoir des musulmans. En fait, ce sont les mathurins de Paris qui l’inventèrent au XVIIe siècle. Désireux de se donner comme fondateur, outre saint Jean de Matha, un prince royal de France, ils racontèrent que la bulle d’Urbain IV qui canonisait Félix avait été perdue ; Louis XIV intervint à Rome en faveur de son (prétendu) ancêtre ; Innocent XI le recanonisa et fixa sa fête au 20 novembre ; il entra dès lors au Martyrologe romain et y resta jusqu’à ce que Paul VI l’en fit sortir (1970).
©
Jean-Luc Dubart
Pour Altéo | province de Luxembourg
Commentaires
Réagir à cet article